
Groin groin
Quand Valerio Evangelisti (Carmilla.com) démonte la grippe porcine avec un article savoureux: et si était dit et surtout fait à peu près n’importe quoi autour du virus A H1 N1, né aux États-Unis? Et si le Mexique ne faisait qu’appliquer un plan de sauvetage prévu 3 ans avant, résultat de manœuvres conjointes entre le Ministère mexicain de la Santé et ses partenaires du Traité de Libre Échange USA et Canada? Et si on faisait mieux d’interdire les voyages en Californie et à New-York plutôt que d’imposer le couvre feu aux mexicains? etc. Valerio Evangelisti, sur place et informé de ces faits par une émission diffusée en pleine nuit par Los Reporteros donne une vision peu commentée de l’abominable A H1 N1. Voici la traduction d’un article paru le 2 mai 2009. Prochain point d’information début juillet?…
“Puerto Escondido, Oaxaca, Messico. J’écris d’un pays qui semble être devenu fou. La ville où je me trouve, à l’extrême sud, a été jusqu’ici épargnée par la “furieuse” grippe porcine suscitant une telle clameur dans le monde et que l’Organisation Mondiale de la Santé a classé au niveau 5 (sur 6) de l’alerte à la pandémie. Malgré la tranquillité qui m’entoure, je vois toute la journée à la télévision des personnes qui se promènent avec des petits masques bleus, des médecins qui conseillent la population, des hommes politiques qui donnent leur avis (quelque soit leur niveau de compétence en la matière), des supermarchés pris d’assaut par des ”bandes” de consommateurs qui veulent faire réserve d’aliments en vue d’une improbable famine.
Depuis 3 jours, dans tous le pays sont fermés les sites archéologiques, les musées, les cinémas et les théâtres, les écoles et les universités, beaucoup de bureaux de l’administration publique, beaucoup de sites industriels. À la ville de Mexico, l’ambitieux maire Marcelo Ebrard, en éternelle compétition avec le président du district et le gouverneur de l’état, a voulu se montrer “plus Pape que le Pape”: Il a ainsi ordonné la fermeture complète des bars, restaurants, discothèques et autres établissements nocturnes, étant donné que ce sont potentiellement des lieux propices au rassemblement et donc à la propagation de la grippe porcine. Dommage qu’il ait oublié de fermer aussi le métro, fréquenté chaque jour par 5 millions de voyageurs, ce qui le rend certainement plus fréquenté qu’un restaurant. Des établissements nocturnes ont été également fermés à Acapulco et dans d’autres villes ou le virus ne s’est absolument pas manifesté.
Le président de la République est apparu à la télévision pour bien recommander aux gens de rester chez eux, et ce dans tout le pays. Pourquoi tant d’alarmisme? Examinons les chiffres officiels de cette épidémie si effrayante qu’elle est en train de paralyser le Mexique tout entier, au point que le pays risque de voir s’écrouler son économie déjà très mal en point. Le 30 avril, le nombre de personnes contaminées par le virus de la grippe porcine était évalué à 99, avec un total de 7 (SEPT!) décès dûs à des complications respiratoires -c’est à dire par la dégénération de la grippe en bronchopulmonie.
Le Mexique a 100 millions d’habitants, et sa capitale (où l’on a vérifié la majeure partie des cas) en a 20 millions. Considérant les proportions de ces chiffres, on pourrait dire qu’il est plus probable de mourir noyé dans sa propre baignoire que par la grippe porcine.
Mais encore, il faut tenir compte qu’une grippe ”ordinaire”, au Mexique, provoque en moyenne 1600 décès pour complications respiratoires, et carrément 26.000 aux Etats-Unis.
Vous ne commencez pas à flairer l’arnaque?
Aujourd’hui 1er mai, pendant que j’écris, l’habituel briefing matinal des autorités sanitaires mexicaines (éternellement accompagnées par les membres de l’OMS) s’est ouvert par une annonce rassurante: les contaminés sont DESCENDUS à 121, les morts sont DESCENDUS à 12 (DOUZE). Il semble que personne ne se souvienne plus de ce qui fut dit la veille. Et le trou de mémoire ne concerne pas que les hommes politiques et les médecins. Après Cuba et l’Argentine, Israël a également annoncé la suspension de tous ses vols vers le Mexique -sans rappeler qu’il n’existe aucun vol direct Israël-Mexico.
Bref, un délire total. Qu’en est-il des 3000 contaminés et des 169 morts annoncés le 23 avril, quand tout a commencé? On a simplement découvert que généralement il se traitait de simples cas de grippe ”normale”, suivis par le douloureux mais inévitable décès des sujets les plus à risque. L’important est de mettre le masque, distribué par millions d’exemplaires à la population, bien qu’il soit trop poreux pour arrêter le virus de la grippe porcine (et soit également inefficace contre la propagation d’une grippe ordinaire), virus qui ne survit dans l’air que quelques secondes. Interrogé à ce sujet, les autorités ont admis l’inutilité du masque (dont la télévision pourtant recommande obsessivement le port) et dit qu’il s’agit d’une méthode pour ”rassurer la population”.
Mais pourquoi une grippe aussi sporadique (les cas dans le monde seraient en ce moment 331) suscite autant d’alarmisme? Parce qu’elle a lieu au mois d’avril et pas en hiver, est la première réponse donnée par les autorités. Mais c’est en fait une réponse douteuse: entre mars et avril, une épidémie de grippe a également eu lieu en Italie (comme peut en témoigner un collaborateur de Carmilla), et ce dûe propablement à l’alternance de journées chaudes et froides, mais sans que personne n’aille pour cela déranger les porcs.
Deuxième réponse: nous sommes face à un virus de type ”nouveau”, inconnu jusque-là (aujourd’hui baptisé A H1 N1). Mais s’il est nouveau, alors pourquoi le définir ”porcin” alors qu’aucun cochon mexicain ne résulte contaminé et capable de le transmettre à l’homme? Parce qu’il rappelle un cas de grippe effectivement porcine avéré il y a des mois… aux Etats-Unis!
Et là peut-être nous rapprochons nous de la racine du problème. Aux États-Unis les cas de contamination par la grippe porcine sont 121, dont 1 fatal, ou peut-être 2 (ceux qui disent 1 font allusion à un enfant mexicain mort en Californie; mais ils oublient un adulte américain décédé en mars). Malgré cela, l’OMS ne déconseille pas les voyages en Californie ou à New-York (autre berceau de la contagion), ni recommande les mesures rigoureuses suggérées au Mexique. Et un motif il y en a peut-être un. En 2005, sous la présidence mexicaine de Fox furent réalisées des “manœuvres conjointes” entre le ministère mexicain de la Santé et ses partenaires de la TLC (Traité de Libre Échange) USA et Canada. On simula une épidémie de grippe porcine au Mexique, et le CDC (Center for Disease Control) donnait alors des instructions sur comment se comporter dans un tel cas de figure (tout cela je l’ai appris d’un documentaire de Los Reporteros diffusé hier soir sur Televisa, en pleine nuit). Quand une grippe normale s’est alors manifestée au Mexique, les autorités sanitaires ne se sont pas confrontées aux 14 laboratoires mexicains capables d’analyser l’éventuel virus, mais bien directement au CDC et à l’OMS, qui ont immédiatement décrété la pandémie et suggéré l’application des mesures recommandées au Mexique 3 ans avant. Ainsi, face à ”de 7 à 12 décès” et 130 personnes contaminées (que ce soit vrai ou supposé), 100 millions de mexicains doivent se promener avec un masque “rassurant” mais inutile, et rester chez eux, pendant que leur industrie touristique part en lambeaux. Au contraire les bars californiens sont ouverts et les touristes y circulent librement.
Après le demi bobard* de l’influence aviaire, CDC et OMS (cette dernière subissant également l’hégémonie américaine) frappent encore une fois.
Sauf que cette fois ce n’est pas un bobard*: c’est une cochonnerie*.”
Valerio Evangelisti
Titre original: “Paranoia in messico: una storia di maiali e di bufale”
Publié en italien et en anglais le 02.05.2009 sur Carmilla
Auteur: Valerio Evangelisti
Traduction: Aglio E Cipolla
* “Dopo la mezza bufala dell’influenza aviaria, CDC e OMS (anche questa egemonizzata dagli Stati Uniti) colpiscono ancora. Solo che questa volta non è una bufala: è una porcata.”
Traduction libre d’un jeu de mot italien intraduisible en français entre une ‘bufala’ (bobard, navet) et grippe porcine (porc: porco):
- bufala: bufflesse, bufflone, au sens figuré: bobard, navet
- porcata: (de porc, cochon: porco, maiale) : cochonnerie. è una porcata: c’est de la m#rde
(Dictionnaire Garzanti)
Lire aussi sur ce blog:
“Miracle! Premier cas de grippe porcine en Italie mais le malade est déjà guéri!”
Merci à J.l.FK pour la signalation de l’article original!